samedi, juillet 08, 2006

Manuscrit jazz quartet 04/1Partie

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Le jour d’après je terminais par prendre le dossier avec moi. J’allais à la Bibliothèque. Je rentrais un peu plus dans la lecture. Si je comptais les dates, il manquait un mois d’écriture. Beaucoup.
Pour l’instant je ne voulais pas en savoir plus. Cela me suffisait. Un mois.

Ce qui me préoccupait était mon « état présent », seule source dont il fallait s’occuper puisque c’est de là que le reste pouvait jaillir. Que je puisse comprendre ce que j’avais voulu écrire mais aussi ces choses auxquelles je n’ai pas su penser, les aspects que j’aurais pu négliger et la partie qui demeurait refoulée, comme aussi, le sens de certaines phrases, ne dépendaient pas du passé seul, l’acte que je pouvais maintenant accomplir n’était pas neutre, ni passif. D’ailleurs, ce n’était pas pour moi du passé. La manière dont j’avais d’y songer me le laissait entendre et quelqu’un m’écoutant parler de cette période n’aurait pas pensé autre chose. Mais ce n’était pas non plus du présent,

je me disais seulement qu’il devait y avoir une pointe de vérité,


Ce ne peut être qu’une chanson où l’on dit sa peine. Je ne m’attendais pas à ce que mes amis, tous, oui tous, allaient doubler ma douleur. Aucun n’est venu. Un accord tacite quant aux faits. Si peu de musique

deux jours après avoir dansé sur le quai, elle, ma femme, m’appelle pour me dire que sa famille est froide. Personne n’accordait de l’importance à ce qu’elle venait de réussir, son diplôme, sa fin d’études. Je lui dis : Viens ! Trois heures de route.

nous devions partir en voyage pour le fêter, elle me le rappelle, j’argumente, explique que ce n’est pas possible, à cause du travail, elle insiste, je l’écoute. Silence. Je vois ce paysage. Elle a raison : il faut y aller. Je le lui dis. Mais elle répond que ce n’est pas important… Le contraire de ce qu’elle disait il y a un instant. Dénégation. Silence. Je ne parle plus. Un repas, ce repas. Là où elle peut-être ne se souvient pas. La dernière fois que nous parlerons ensemble, de nous à nous.

Elle repart. Il suffira d’un mois et demi.

J’avais demandé à l’Alek qu’il me prête sa chambre de bonne. Ainsi pour un temps. Ainsi pour un temps comme nous l’avions décidé avant les vacances. Ce temps que l’on s’accorde, encore imprégnés d’amour. Chanson. Nous devions voir pour l’avenir. Rester séparés pour un temps. Ainsi pour un temps. Ainsi pour un temps comme nous l’avions décidé. Ce temps que l’on s’accorde, encore imprégné d’amour. Mais la vie sépare ceux qui s’aiment.

Un mois et demi. Septembre. Retour de vacances. Nous nous donnions rendez-vous sur la terrasse d’une brasserie. Mais avant dans l’après-midi je devais passer à la maison. D’ailleurs elle aussi : — On risque de se croiser, précise-t-elle au téléphone, mais le rendez c’est pour le soir, ok ? Quand je rentre je vois que ses affaires sont là. Dans la chambre, sur le lit, un livre qui me fera dire — enfin elle s’intéresse à moi : La solitude du labyrinthe. Un soulagement remplit mon visage. Je me suis senti justifié pour une partie de nuits blanches.
Le carnet. Ces notes du mois de juin, ce jour, le 26 du mois, (puisque j’ai le carnet sous mes yeux) je trouvais dans le journal d’un côté un article sur Spinoza et de l’autre un dessin de Watteau. Je me suis aussi sentis justifié pour une parti de mes nuits blanches. Mais, voyez-vous, je me sers de l’expression en ignorant ce quelle veut dire, se sentir justifié



carnet où je notais pour plus tard, te souviens-tu mon amour des temps difficiles, secret autant que surprise d’un livre (je prendrai une chambre pour écrire ce livre, et voir, je sais, je sais, quelque chose doit changer. C’était la chambre jaune). Tant de notes et de détails précis. Des moments passés à Antibes. Mon bras lui indiquant au loin le cas d’un vert rouillé, les collines boisées de pin à Grâce ou à Saint Paul de Vence. Elle qui pleurait parfois on disant : tu vas me quitter. Et moi qui ne disais rien (te souviens-tu mon amour des temps difficiles)

Donc, je pris le livre qui était sur le lit, une carte postale servait de marque page : la reproduction d’un tableau qui gardait une parenté avec certaines de mes œuvres. J’ai cru que, comme à distance je prenais soin d’une chanson : te souviens-tu mon amour de temps difficiles, elle, libérée de la tension des examens, ayant eu les résultats qu’elle craignait ne pas être en droit d’obtenir : c’est la voix de sa mère lui disant : mais, toi, ce n’est pas grave, tu n’es pas douée pour les études, pourvue d’un diplôme avec mention, elle dis-je, commençait à s’intéresser à moi, car maintenant c’était à mon tour de mener à terme quelque chose (selon cette entente qui ne reste pas aux faits et les doubles d’une valeur symbolique), voilà ce à quoi j’ai pensé en voyant la carte postale et ce livre : La solitude du labyrinthe, soulagé en quelque sorte. Labyrinthe, était un mot à moi, je lui disais que j’étais dans un labyrinthe. Enfin elle m’écoutait, oui, je me suis senti compris au-delà des contraintes du moment, enfin, et il était temps

… mais il me fallu seulement retourner la carte pour comprendre ma méprise — elle lui était adressée par quelqu’un de notre connaissance, un ami de sa cousine, dont elle m’avait dit le plus grand mal, un certain mépris, je crois : sexualité peu conforme, n’ayant cure du genre, allant dans tous les sens, bref, un cas notoire d’infidélité ; adressé comme seul peut le faire quelqu’un avec qui on partage une certaine intimité : billet doux disait-on aux XVIII siècle. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire et de trouver déplacé le choix de la postale. Je venais de lui offrir un livre ayant pour titre « L’amour est un crime parfait ». Puis sur son bureau m’attendaient d’autres cartes du même peintre. Le raffinement était à son comble. Elle avait franchi le seuil de la pudeur. Mais pourquoi avoir choisi ces postales ?
Elle arrivera peu de temps après ; j’étais dans le salon. Depuis la chambre j’entends qu’elle me dit pourquoi je n’avais pas enlevé toutes mes affaires. Voix neutre. J’entendis avec mon corps. Il me semblait que ce n’était pas là ce que nous avions convenu. Je ne réponds pas. Pas vraiment. Le rendez-vous était pour le soir.

Le rendez-vous du soir. Elle m’attendait quand je suis arrivé. Une grimace, lèvres tendues, froides. Une conversation des plus étranges. J’ai compris en deux secondes — Mais, tu veux divorcer ou quoi ! Oui, dira-t-elle. Moi : Ok, d’accord. Ce que chez moi était l’expression d’un coup de tête trouvera chez elle le moment d’un calcul : avait pensait à tout. J’ai vu une autre personne à sa place. Tout changea d’un coup. Pour toujours.
E finita la commedia !


Cette nuit là j'écrirai...

"Chanson pour un prénom dont il n'y eût pas de naissance

— Vois-tu, je ne te prononce pas.
Maintenant qu'il n'y a personne.
Maintenant que tout le monde est parti, je voudrai te parler, au moins, un instant.
Si je te disais ce que je viens d'apprendre, tu en serais triste. Mais tu n’entendras pas. Voilà ce qui est arrivé : tu ne seras pas.
Laisse-moi donc te parler,
je serai, au moins cette nuit, toi qui n’est pas."


ce que je pouvais dire n’avait plus lieu d’être, je ne sais si ce fut silence ou tristesse mais j’avais un nom pour dire la joie qui n’aurait plus à exister, trois jours j’ai attendu avant de comprendre qu’il s’agissait d’un incendie et que j’étais en danger car j’avais préparé trop de choses pour un jour qui n’était plus et qui ne serait pas, comme ce nom pour dire la joie ne serait pas, sans compter toutes ces choses que l’on ne dit pas parce qu’elle sont à l’œuvre, vives et silencieuses, avec l’erreur et le sinthome, tant de nuits blanches
cette espoir folle qui parfois nous prend

le « fait », est la nécessité qui cache la seule chose qui compte, la vérité

mood indigo pour qu’au moins une forme puisse me représenter dans ce que je ne pouvais pas dire ; je n’ai jamais si bien compris l’architecture d’un son comme abri; il n’y avait rien en moi-même qui pouvait produire un acte ayant cet effet, et au fond je comprenais qu’il avait toujours était ainsi,
je ne me voyais en train de lui dire — mais c’était mon tour à moi, c’était la seule chose que je ne pouvais pas lui dire, ce n’était pas une obligation, seulement un lien-d’amour-tacite, mais que je ne puisse pas le lui dire ne m’empêchait pas de le psalmodier au fond de moi : tu ne peux pas nous faire ça, pas maintenant, est-ce que tu sais seulement pourquoi tu ne peux pas faire ça, parce que ça ne se fait pas, c’est monstrueux, non pas maintenant,
coplas de Fin’amor, elle peut
Per son joy pot malautz sanar, Par sa joie les maux guérir
e per sa ira sas morir et par sa colère faire mourir
e savis hom enfolezir et les sages hommes affoler
e belhs hom sa beutat mudar et des bels hommes sa beauté muter
e•l plus cortes vilanejar et le plus courtois encanailler
e totz vilas encortezir.
et tout vilain encortezir

je ne donne pas créance aux faits, les faits, encore moins s’ils servent de caution ; je n’ai aucune estime de l’usage que l’on en fait ; la logique des faits, le coup monté, le fait accompli, jamais réussi à croire complètement, c’est toujours Athènes ou Rome aussi bien que Florence qui reproduit sa toge, c’est fallacieux ; je doute fort qu’entre deux êtres l’on puisse trouver rapport de cause à effet — aussi loin que je m’en souvienne, que je me vois assis sur une chaise, ou promène sur les quais de la Seine, ou que je ne dorme pas, mes soupçons à ce sujet ont toujours été les mêmes, j’aurai mis du temps à enchaîner des phrases mais non pas à savoir ce que je refuse
c’est curieux, je m’entends presque parler de politique… c’est que je me souviens de cette phrase qu’alors je me plaisais à répéter dans le manuscrit : Troie brûle encore, la lui attribuant à Borges, pour laisser entendre que par l’écriture il est question des choses, des faits et des gens sous la forme de leurs éternité, sub especie aeternitatis, c’est-à-dire qu’ils sont envisagés autrement que sous la forme des intérêts particuliers, du calcul qu’accompagne la volonté, c’est-à-dire comme moyens. Hélène, à cause d’Hélène… comme si l’incendie du Reichstag en 33 était la cause de la déclaration de l’Etat d’Exception,

Troie brûle encore, était aussi une bibliothèque que je voyais en feu ; un bien précieux qui brûle, et l’occasion d’un livre de poèmes de René Char,
achetais deux livres de lui, dans le marché du Parc Brassens, une semaine après. Carmen et Alek m’invitent, je ne vais pas bien du tout. Cela m’a fait chaud au cœur de les trouver là, les livres, comme s’ils m’attendaient : Je pense à la femme que j’aime. Son visage soudain s’est masqué. Le vide est à son tour malade.

René Char…
J’ouvris le manuscrit certain de vouloir lire plus en détail…

mercredi, juillet 05, 2006

DESNUDEZ

Dessin du 05/07/06




no tiene sucesor

la que estuvo vestida lo sabe
hay dos caminos
uno que no conduce y
otro que no corresponde



nadie puede

la que estuvo desnuda lo sabe
el velo no está donde es

NUDITE
n'a pas successeur / celle qui était habillé le sait / il y a deux chemins / un qui ne conduit pas et / un autre qui ne correspond pas/ personne ne peut / celle qui était nue le sait / le voile n'est pas là où il est


(Dario Acento, En el terreno de la amante)

Le Seuil de l'édition

Lu ce matin dans le Blog de Pierre Assouline, La république des livres

samedi, juillet 01, 2006

Alétheia II



pan de vie nue
cet aspect brûlant qui danse et nous fait signe
est juste un bord : œuvre des penchants qui dévoilent

mercredi, juin 21, 2006

Manuscrit jazz quartet 03/2Partie



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Le soir j’avais rendez-vous avec Alék. Il m’avait téléphoné : je lui parle du grand besoin que j’avais de me distraire ; il me propose de nous voir sur le Pont de la Tournelle, — près de là sur le Port, tu verras, il y a une esplanade avec deux « trous » où les gens dansent.
J’ai pris le vélos pour m’y rendre, c’était un peu comme revenir au monde. Je m’étais douché, je lui arrivais avec un polo blanc, pantalon beige. Parfumé. Il me manquait le Panama et les années 30.
En effet, il y avait comme deux sortes de trous : des cercles avec des gradins en dessous le niveau du sol. Dans l’un les gens dansaient le tango et dans l’autre la salsa. Deux ambiances complètement différentes, la première trop guindée, des gens en tenue, sérieuses, trop, quand on pense que c’était une danse des bas-fonds à Buenos-Aires, où l’homme est un maffieux et la femme une pute… Une pose de cours de danse, femmes célibataires du 16ème ? Je ne comprenais pas — quel intérêt trouvait-il là-dedans ? Alék avait fini par prendre des cours. Il était un habitué de ce genre de lieux. Il pouvait se déplacer un dimanche après-midi dans le 18ème. C’est dire. On y rencontre toujours, je ne sais pas pour quoi, le même type de femme : maigre, 1m65, poitrine sans matières grasses, cheveux châtain clair. Elles étaient là ce soir : habit noir en dentelle, sans décolleté, bras nus, escarpin talon haut, noir.
On changeait de tout au tout pour la salsa. Estivales, décontractées, les femmes étaient plus désinvoltes. On sortait du petit cercle d’initiés — tu sais, si tu ne sais pas danser elles te refusent… m’expliquera Aléx.

le rythme de salsa que je commence à entendre (mon choix était fait) me rappelle ce quelqu’un de joyeux, comme dirait maman, que je suis. Qu’est ce qui doit m’arriver pour que je me trouve dans cet état si piteux, hombre por Dios ! Si la peinture et le dessin étaient pour moi quelque chose jubilatoire, pour quoi diable je sombrais si facilement dans cette tristesse qui m’allait si mal, si peu moi. Il y avait, là, un mystère. Enfant par exemple, j’étais polisson, mais voilà qu’un jour… Rideau. Pour quoi ? Naciendo qué delito cometí…
alors — qu’est-ce qui me rendait si peu d’aplomb ? Un beau jour je me suis trouvé dans un labyrinthe, pour quoi ? Je pensais au poème de Jean de la Croix : entréme donde no supe…
j’y entrai sans savoir où… Je regardai les gens on me disant que peut-être la question était bien plus simple de ce que je ne pouvais l’imaginer. Il suffirait d’un peu plus d’entrain — qu’est-ce qui m’arrêtait ?
(Je revis l’homme du musée, une grimace me gela le visage, je fis un geste de la main, tout en secouant la tête et me tournai vers Alek)
— Ca a l’air d’être une fête privée ?
Il regarde les pacs des bières qui avaient un peu partout, et s’abaisse pour en prendre une et me l’offrir, et puis refait le geste pour prendre la sienne et après une brève gorgée me dit
— Je vais faire un tour à côté,

je le vois s’éloigner, puis je reviens sur la piste : les ombres des gens et des arbres projetaient sur le fond se mettent à bouger, je me retourne : c’est un bateau mouche. Je prends conscience que nous sommes au niveau de la Seine, et que moi-même je suis à quelque pas de l’eau. Le bateau mouche s’éloigne en direction du pont d’Austerlitz. Je fixe l’eau, j’essaie de savoir quelle est la couleur qui, là, s’y reflète, mais c’est impossible, je m’approche davantage : une modulation serpentine, le reflet lumineux des réverbères, mais l’eau, la couleur supposée de l’eau, ce vert opaque et délavé qu’on voit le jour, semblait englouti par le noir, le gris… Je ne me sens pas très bien, à deux doigts d’éprouver du vertige. Je revois l’ombre des arbres et des gens défiler sur le mur ; je me ressaisis. Un temps. Ma vue a du mal à fixer, un déséquilibre qui m’oblige à regarder le sol pour savoir où je marche. Je lève ma tête : étoffe blanche, du lin peut-être, une silhouette qui se détache du reste. Ses mouvements, qui demeurent quelques secondes de plus dans ma rétine comme s’ils étaient corroborés par des images au fond de moi. La reconnaissance d’une danse, des gestes précis, une souplesse que je connais, reconnais. Je reviens sur la silhouette, et je la vois… qui semble venir de l’arrière et passer devant, et en même temps, à partir de là où elle est viser cet amont. Ce n’est pas du lin c’est un tee-shirt blanc, seul le pantalon est en lin ; sa silhouette est plus dessinée, grande, svelte, un corps charpenté, elle ne doit pas être française : sa manière de danser, son visage, ses cheveux… elle fléchit ses jambes, s’amuse, rit, danse toute seule ; j’ai déjà entendu les paroles de cette chanson, je reconnais la voix de cette femme, je me garde de traduire, deux mondes parallèles que je ne veux pas interrompre, j’ignore où est le contrepoint ; je regarde à nouveau la Seine, j’entends le battement de la percussion pour la première fois : pulsations de congas — on commence par appuyer ses pieds au sol autrement que d’habitude, souplesse, un léger pas a côté, le rythme doit se réfléchir sur les hanches, un appel, un oubli, quand mon regard revient sur la piste, mes pieds ont épousé le rythme, je ne pourrai plus m’en défaire, surtout parce que maintenant c’est un merengue, cette voix aussi déjà entendue, moviendo la cadera, moviendo la cadera
une élasticité plus grande de l’espace et du temps, une autre façon de se rapporter à la vie — qu’est-ce que je me suis dit ?
je ne sais pas, je me souviens seulement d’avoir réfléchi la tête vide, les yeux vide, les mains vides ; je me suis dit quelque chose, ça oui, j’ai aussi décidé quelque chose ; mais quoi au juste ? je ne sais pas. Un blanc. Aussi blanc que le lin. Ensuite, avant de revenir à moi, je me suis souvenu de l’anniversaire de Nathan, le mois dernier, nous avions dansé toute la nuit… des sons qui se sont fondus avec la musique, la voix, azuquita, azuquita, de Célia que je commençai à entendre
quelqu’un me touche le bras, c’est Alek,
— Alors, c’était bien ?
— Oui, mais il y avait trop de monde. Et toi, tu ne danses pas ?
— Bientôt, je lui réponds sans quitter ma vue de la piste.

On s’assoit sur les gradins. Avec cérémonie je sors mon tabac et me roule une cigarette.

— Ca va ? Me demande Alék.
— Je crois.

Un temps se passe sans que nous nous parlions. Je ne la perds pas de vue. Elle danse seule et de manière continue, sans égard pour ce qui l’entoure. J’imagine un axe interne autour de quoi elle gravite, un rythme simultané à celui de la musique qui sort de la chaîne hi-fi. Je fais un signe du doigt en sa direction, qu’Alék comprend aussitôt
— Oui…
— Elle doit être vénézuélienne, non ?
Alék ébauche un sourire avant de me dire :
—Vas-y !

…ojala que llueva café, la voix de Juan Luis Guerra, on se lève. Je vois l’ensemble des corps qui dansent décrire une seule vague. Je regarde encore une fois vers la Seine, puis je tourne mon regard vers le Pont par où nous sommes descendus : des gens accoudés qui nous regardent ; je m’imagine ce que ça doit être vu de là bas. J’ai l’impression de tourner dans un film,
ojala que el otoño en vez de hojas secas… je la cherche… je ne la vois plus — où est-elle ? Mon regard ballait la piste, je me crispe un peu… Je vois un bus, Santiago, je cours après lui, je cours jusqu’au feu rouge, je fais signe au conducteur… — Mais où est-elle ?
un son que j’ai du mal situer, percussion, soit, mais d’où ? Afro-cubaine ? Irakéré ? Non. J’attends que la musique s’affirme… Dans le bus, je suis dans le bus, il fait très chaud ; nous venons d’une manif… Elle a du partir… Non. La musique est brésilienne, afro- brésilienne… Elle est là assise du côté de la fenêtre, elle ne m’a pas vu monter, je m’approche encore un peu plus
— Podemos bailar ?
elle acquiesce de la tête ; ce n’est pas de la samba, la percussion est plus proche des Caraïbes, plus afro-quelque-chose mais que je n’arrive pas à la situer ; je me surprends à être là, sans savoir comment. Il y a quelques minutes seulement il me semblait impossible pouvoir danser avec elle, et me voilà. Je ne sais pas comment. Un décalage mais fait sentir que ne suis nulle part et que cette musique m’enivre. Donnez le rythme d’une nuit, laissez-moi le dire sans que je parle… tengo visa para un sueño, le merengue revient, j’ai le temps de lui dire — de dónde vienes ? son regard est incrédule, elle recule d’un pas pour déclarer forfait, alors je comprends, et lui dis — Tu ne parle pas espagnol ? Elle fait non de sa tête, à ma question — d’où viens-tu ? elle répond — Je suis allemande, et j’éclate de rire ; dépitée, elle s’arrête, je lui dis de ne pas s’inquiéter, seulement que la voyant danser j’ai pensé… elle rit aussi et fait un geste entre naïf et coquin avec ses bras qu’elle plie vers elle, ses épaules qui montent et sa tête qui penche à droite, un désolée… qui m’attendri, et c’est le courrant qui passe, c’est l’instant ou quelque chose bascule, rien de très précis, un bien-être sans plus

à partir de là le temps n’est plus le même, à ce demande si c’es du temps. Le temps aura été mon grand « problème » – quelque chose que je n’ai jamais su ; et non parce que le temps soit le problème, où l’horizon, c’est, il me semble, que je n’ai jamais réussi à y être, dans le temps, encore moins dans les temps, et à nouveau cette attente, moi enfant, comme si j’avais été mis en marge, et à nouveau le bus… un quelconque de mes rêves, et cette parole que je porte en moi, différée, tacite, et pour laquelle je ne trouve pas le temps, je ne trouve pas de temps, de temps qui soit verbale, c’est-à-dire, qui se déclinant ait cette effet d’une présence qui soit la mienne — pages que j’écris en marchant, lectures faites, promenades, restant persuadé que si mon problème est le temps, le problème n’est pas le temps, la rançon est un effet muet que l’on porte et qui m’éloigne de tout commerce, performance, ou que sais-je, et non pas que ce choix ait d’abord été mien, il y a comme un début de phrases dont j’ignore l’entame, je veux dire que je n’est pas contenu dans celle-ci, comme le gland contient le chêne, et je me demande comment font les autres et c’est pour ça que la musique me soulage, Johnny Hodges n’est pas contenu dans Mood Indigo, il y va, lui, je suis sur qu’il y va, et je danse, quisiera ser un pez, tout ce à quoi je ne pense pas est compris dans la danse, comme la France comprend Paris, et Paris le Port de la Tournelle, mais c’est le Pont de la Tournelle qui est dans Paris, comme Mozart est dans Haydn

je vois qu’Alék s’est mis à danser lui aussi ; il y a un peu plus de monde que tout à l’heure. On a du mal à se déplacer, ça nous rapproche, nos phrases sont courtes. Nous ne cessons pas de danser. Je ne vois pas le temps passer. Plus tard, Alék viendra me dire qu’il s’en va pour ne pas rater le dernier Métro, je lui dirai que je reste un tout petit peu

je ne sais pas l’heure qu’il est quand la musique s’arrête, nous marchons un peu sans quitter le Port, puis nous nous assaillons sur un banc, nous entendons enfin nos voix respectives, elle parle très bien français. Nous avons tout le deux besoin de causer. J’apprendrai qu’elle a vécu à Paris, autrefois, qu’elle vient pour le wek-end, un coup de tête, avec une amie, elle me dira parce qu’elle est en train de divorcer et que c’est triste, qu’elle n’en pouvait plus — c’est surtout, me dira-t-elle, de voir comment les personnes changent, c’est très moche, ja, tu as du mal à croire que tu a vécu avec cette personne, puis tous ces problèmes avec l’avocat. C’est très moche, et toi, tu es marié ?
— Oui. Nous vivons aussi un moment difficile, mais pas dans le même sens.
— Tu as des enfants ?
— Non, pas pour le moment. Là, elle est en vacances, je suis à la maison, mais j’ai pris une chambre pour quand elle revienne. Nous allons nous séparer pendant un moment, mais, nous ne sommes pas fâché ni rien, c’est pour nous préserver, pour éviter de détruire… tu sais, je ne dors plus, bon, elle vient de finir ses études, la balle est dans mon camp. Je dois écrire un livre. Voir pour la suite. Il m’est difficile de dire ce que je vis. C’est comme un cauchemar réveillé. Mais j’ai horreur de parler comme ça.
— Pour quoi ?
— Parce que ça ne veut rien dire. Tu aimes la peinture ?
— Oui, bien sûr.
— J’ai un tableau ici, tu sais, ce tableau, voilà, il me faut ce tableau, ah ! mais je sais pas le dire, c’est impossible de le dire pour que tu le comprennes, la peinture et bien, je ne sais pas s’il y a de la peinture, pour moi, non… c’est pas la peine, parlons d’autre chose. Et toi, tu fais quoi dans la vie ?
— Je travail pour la télévision à Munich, je dois organiser des soirées, non mais c’est interne, des réceptions... J’ai fait une partie de mes études à Paris tu sais, oui, de la littérature. Je sais, ça n’a rien à voir avec ce que je fais maintenant…

notre conversation commença alors à bifurquer, pour nous éloigner de là où étions, sachant qu’il était inutile d’en parler, et plus encore qu’il était probablement un mensonge que de se parler ainsi, parce que nous étions là, tout bêtement là, et qu’il devait y avoir quelque chose d’équivalent à la danse, comme dire avec joie ce que nous aimions, ou ne rien dire, et nous approcher de ce silence qui reconnaît la présence de quelqu’un et arrête le bavardage, parce qu’avec deux ou trois mots nous savions l’essentiel ; nous étions là, ni l’un ni l’autre avait envie de partir, et c’est peut-être cela qui nous fit nous regarder vraiment, et que je puisse lui tendre ma main pour lui caresser le visage, et qu’elle vienne placer ses lèvres sur mes doigts, et ensuite que je place ma tête entre ses jambes et que je lève mes deux bras et qu’elle se penche sur moi jusqu’au baiser

je ne sais pas combien de temps dû s’écouler avant que je ne me rende compte qu’il commençait à faire jour — l’aube, je lui dis tout en levant mon bras, l’aube, c’est mon heure, d’abord il y a quatre heures du matin, c’est l’heure à la quelle tu entends les premiers gazouillements des oiseaux, si, si j’ai fais plusieurs fois le constat, quatre heures, puis il y a cet autre instant, quand je me rends compte que les rideaux ont changé de couleur, l’aube, c’est important, non ?

quand nous nous quittâmes il devait être sept heures du matin, un 14 juillet, et rentrais pour écrire

« il y des gestes dont la matérialité est beaucoup plus forte, je veux dire puissante, que le souvenir à partir duquel nous essayons de penser ce que nous avons vécu ; un dessin est plus juste, l’écriture est plus certaine, là, je peux retrouver par réflexion le renvoi d’une joie qui demeure, et au lieu de prendre congés des heures passées en y pensant, veiller : des effets tardives qui viendront ordonner les couleurs du paysage d’une manière inédites — tresses d’ombres et tons diffus imbriqués autrement qu’ils ne l’étaient par le passé, ( j’avais déjà associé les dessins de Watteau à Spinoza) »

jamais revue depuis, Cassandra.

Manuscrit jazz quartet 03/1Partie

Je redescends le lendemain. J’avais pris soin de ne pas remettre le manuscrit dans le carton. Nouvelle recherche. Il n’y a pas de pages tapées. Je lis un peu…

Manus/III/c,da
1er octobre —
et que ma plume vienne et que ce soit l’encre le vent, lent le vin vient de loin le vent, que l’encre imite l’air et l’argile, et qu’en dessous le silence, si le silence est un bien, me conduise jusqu’au chant, demain je réécouterai Haydn, et Mozart dans Haydn, le fils dans le père
j’ai fait un rêve d’une étrange sobriété, c’était pourtant un cauchemar — la version étouffée d’une voix : je rentrais dans une salle, plusieurs personnes se trouvaient là sans qu’aucune fut présente, des murs de bois revêtus d’étagères, des livres anciens, une longue table ; j’écoutais la voix qui ne s’entendait pas et ce silence dont l’autorité me sommait de m’expliquer. J’ai pris alors la parole, sans que personne fut, ils étaient tous à m’écouter en demi-cercle ; ce que je disais se dissolvait dans l’air, en retour on entendait un cri étouffé, aphone, et plus j’avançais dans mon discours plus ma voix devenait inaudible, pris de panique j’indiquais vers le fond de la salle où une terre cuite du Bernin s’y trouvait. Je m’en approche, quand je veux la prendre, elle disparaît. Je reste là, les bras levés et béants, pourtant je sens son poids et regrette seulement de ne pas avoir de la terre glaise pour la refaire, c’est alors que j’entends des rires autours de moi, je regarde le sol, ébahi et déconfit,
que ma plume vienne sous l’encre envelopper et rompre le jour qui n’est pas, ne fut pas et ne fut plus, je marchais, j’allais vers l’endroit d’où ma parole était partie, il y avait une fenêtre très en haut, un rayon la traversait et allait se projeter dans le mur d’en face : courbe d’orge sur le bois ; je vois une poussière d’un gris bleuté dans l’air s’agiter, quelque chose de corpusculaire et instable qui reproduit la trajectoire du rayon, milles éclaboussures se croiser dans l’air; sans m’arrêter de marcher je commence alors à réciter ce long poème de Lucrèce en son quatrième livre, ce mêlait à cette scène le souvenir, plus ancien, d’une cuisine à la campagne : la maison de l’oncle maternel, là aussi il y avait en haut une fenêtre que j’allais épier quand tout le monde faisait la sieste, vers trois ou quatre heures de l’après-midi, je regardais ce bleu poussiéreux s’agiter, et entendais graviter autour, et se poser ça et là, des mouche qui bourdonnaient ; l’air qui m’était toujours paru transparente et vide me dévoilaient son monde infime, là, dans ce faisceau qui était comme une fumée sans arabesques — mais comment pouvais-je réciter ce poème que je ne connaissais pas par cœur ? voilà qui était invraisemblable, pourtant je reconnaissais bien cette quatrième partie du livre qui commençait par : Des Piérides je parcours les lointaines contrées que nul n’explora — preuve de que je rêve, je me disais dans le rêve,


Chemise, sous chemise. Le choix d’une couleur. Je continue à écrire par en dessous, sans faire exprès. Feuilles jaunes. En réalité c’est un ocre-sable que j’avais choisi pour écrire.

Jonquilles. Deux frères les vendaient à la sortie d’un parc de stationnement où elle est venue garer la voiture. Couleur. La couleur qui représente le chemin que j’étais en voie de tracer. J’avais travaillé sur le rouge, je séjournais dans le jaune ; il me restait le bleu : je me couchais à l’aube. C’était un moment difficile, je ne voyais pas d’issue en dehors de cette patience que je m’inventais — jours et choses vues devenaient par bribes, ici ou là, une trouée par où je pouvais m’échapper un instant, respirer
Je n’avais d’autre lieu que les fables que je pouvais inventer.

Commet suis-je arrivé à me dire que le Musée était mon labyrinthe ?

— je ne comprenais pas pourquoi, au lieu de me conduire à bon port, mes efforts se retournaient contre moi, comme si par le truchement d’un disfonctionnement interne, ce qui devait m’indiquer la sortie, cela même m’en éloignait. Ainsi tous les acquis de mes nombreuses lectures avaient autant de raison d’être la source d’une joie extrême, que je vivais, comme la cause de mon désarroi. Il m’était possible de réaliser des progrès notables mais pas de leur donner existence, et cet écart qui pour mon intelligence avait ses attraits, dans ma vie de couple était un abîme qui me faisait souffrir. Tout espoir retardé, je ne dormais plus la nuit.

D’abord fut l’aube, voyais pointer le petit jour. J’écrivais le peu d’un plus. J’étais dans un labyrinthe. Le Louvre était ce labyrinthe. Mais le Louvre était aussi un jardin. Il suffisait de trouver la clé

notre cerveau enregistre les couleurs au gré d’une façon qui nous caractérise ; se crée en nous une sorte de carte pour ne pas dire de tableau qui, si chacun pouvait le projeter dehors, serait l’équivalent d’une empreinte digitale ou d’iris. Unique. Ajoutons qu’à cela puissent venir se greffer les jours simples de notre vie. Ainsi j’ai vu ces deux frères s’improviser un métier pour gagner quelques sous un mois de mai, et ces jonquilles, que nous avions vu pousser librement dans les sous-bois du château de Chantilly, venir à ma rencontre — cet ami qui nous fait signe
Comme il était improbable que je puisse partager ce moment en le lui expliquant, (nous nous étions garé là parce qu’elle voulait aller aux toilettes) quand elle est revenue du restaurant je les avais déjà à la main pour les lui offrir. Cela et d’autres gestes de même nature allaient partir en éclats ce jour de septembre.



c’était un signal, je devais me souvenir de quelque chose, j’avais par le passé lu cette partie à haute voix, comme j’aimais réciter Empédocle et comme je m’appliquais à lire les premières pages de Finnegans Wake, mais je ne les apprenais pas par cœur ; ce rêve, (dans le rêve j’étais conscient que je rêvais) il m’avertissait : je voulais dire quelque chose à quelqu’un mais les amarres lâchaient, les dédales se multipliaient, ce poème était là, pour le rêveur, comme un ultime recours, le dernier rempart, pour enrayer quelque chose,

le Bernin, quand j’ai voulu la prendre… un dimanche, il n’y a pas très longtemps, après avoir vu au Louvre : Véronèse et le Titien, la Bella Nina etc., me dirigeant vers la sortie, quelle ne fut ma surprise à la vue d’une terre cuite du Bernin, une Sainte couchée, que des souvenirs ; moi disant en aparté : je ne te le dirai pas, si tu ne le dis pas, je ne le dirai pas, je ne dirai rien…
le poème pendant que je le récitais était une trouée par où je pouvais descendre ; je remontais et refaisais surface, et ce malgré la salle comble et vide, ce qui est un comble pour une salle vide, où ces Messieurs attendaient mes explications, et moi, nulle voix qui sort,



Je ferme le dossier et vais au carton dans l’espoir de trouver ces pages tapées. Rien à nouveau. J’ouvre un dossier qui correspond au projet de livre. A l’intérieur se trouve décrite une promenade au Louvre, le début du livre que j’étais en train d’écrire.



L’Ecole du Nord… Mes promenades étaient magiques. Si d’un côté il y avait ce but que j’avais à atteindre, but que je déduisais non pas de la connaissance que j’avais de l’objectif (à vrai dire, je ne savais que peu de choses à ce sujet) mais de la fermeté avec laquelle je pouvais refuser les fausses pistes, de l’autre se trouvait ce plaisir que j’éprouvais à la vue d’un pont, des bouquinistes, d’un détail, des passants, des lumières que je comparais à celles des jours précédents. Je marchais lentement, si lentement que je donnais l’impression de n’aller nulle part.
Comme un paradoxe : si j’allais au Louvre, aucun de mes pas m’en approchait ; je n’avais pas encore atteint le Pont des Arts que je m’y trouvais déjà. Où que je fusse, la sensation était la même : se sentir expulsé de là où j’étais.
La solitude avait produit en moi une autre voix que celle dont on se sert pour parler. Ma méditation ne s’appuyait pas toujours sur des mots et pouvait, à l’occasion, éclore des couleurs perçues, la voix provenir de plusieurs endroits à la fois, et se maintenir dans une zone hybride. Comme cela avait lieu dans l’espace, j’avais l’impression de rester dans un lieu ajourné pour les autres. Moi-même, en dehors du moment, quand je rentrais et que j’essayais d’y penser, je me sentais séparé de mon bien, incapable de faire la synthèse. Pourtant j’écrivais, j’écrivais comme on part à la pêche, sans savoir… disons que je notais, je notais pour ce moment où il me serait possible de déchiffrer
à quinze ans je faisais, en bord de mer, des promenades avec cette même appréhension, chassé d’où j’étais, j’improvisais dans la marche, j’allais du côté de la maison de Ada, sans me présenter ni m’approcher de trop, j’avais réussi à produire un silence qui me servait de bouclier, j’étais comme un chiot, avec des cailloux à la main, je me sentais accompagné. Il y eut cette séparation dans ma vie, cette nécessité de me forger une voie en dehors des protocoles, une douce mélancolie, j’enrayais une agression qui allait jusqu’à dans mes rêves, c’était comme un message que je ne comprenais pas, qui m’était destiné, et que je ne comprenais pas.
C’est l’intuition qui forge nos premières armes. Il peut s’écouler un temps plus ou moins long avant de l’apprendre, nous pouvons désespérer de ne pas voir l’issue, pourtant, c’est dans les moments les plus difficiles que ce qui paraît se présenter sous le signe de l’infortune récupère le tracé d’un choix — un trait qui nous représente, qui nous fait tenir alors que tout le reste est en retrait, mais nous ne pouvons rien dire, et c’est normal qu’il en soit ainsi, car nous ne pouvons pas présenter ce qui nous représente, puisque ce lieu nous l’occupons ; un secret est désormais notre place, et cette place est incommunicable, une âme si par « âme » nous entendons la forme d’un corps

parfois je ne savais plus l’âge que j’avais ; le souvenir n’avait pas la marque d’un temps révolu, il était comme de la pluie qui tombe, un même son sur le bitume. Quand nous vivons une douleur, en abrégé nous récapitulons les chagrins qui lui on précédé, ce sont eux qui façonnent la manière que nous avons de sentir, ou d’accorder plus d’importance à ceci plutôt qu’à cela, le temps est une denrée qui s’ajute avec le deuil et l’oubli, mais d’abord c’est le même chiffre frappe la peau du tambour,

chose je n’ai jamais osé dire à personne…

… lors d’une de mes promenades, il arriva quelque chose qui me laissera dans le plus grand embarras… Je déambulais de salle en salle, mon trajet était irrégulier, je pouvais avancer sans regarder tableau puis m’attarder sur un détail ou me souvenir d’un autre, revenir sur mes pas pour vérifier mes sources. C’est lors d’un de ces changements de direction que j’ai la sensation, d’un côté, d’être suivi et, de l’autre, la certitude de que quelqu’un me suit. Un homme, dont je n’ai pas voulu voir ni visage ni rien, ni prêter attention par la suite ni vérifier mes soupçons. Rien. C’est arrivé quand j’ai voulu revenir sur un tableau qui se trouvait dans la salle que je venais de quitter, ne s’y attendant pas, l’homme afficha un sursaut et voulu se cacher se tournant vers le mur de clôture. Le geste était maladroit, et si évident que difficilement on pouvait lui attribuer une autre explication ; mais en même temps invraisemblable — qui pouvait bien me faire suivre ? Je croyais rentrer dans un cauchemar — alors là je suis foutu, fou à lier. Un terrain sablonneux où c’est la raison commence la besogne et la paranoïa qui la termine

J’eusse préféré ne pas y assister. Ma douleur fut intense et radical
mais comment dit-on ça quand trop de questions prennent lieu en un seul point et que le point éclate, s’étiole et part en milles morceaux ? Cela vous laisse à moitié ailleurs et ailleurs nulle part
pouvait être vrai, pouvait être faux, coïncidence avec quelque chose qui ne m’était pas destiné ? un concours de circonstances qui débouchait sur une certitude là où seule était vraie l’illusion ? comme ce manteau qui perché à l’entrée, quand on n’est pas prévenu nous fait croire à quelqu’un . Car qui pouvait bien me suivre ? Qui ?

Non ? Et si… non ? Je me refusais à admettre qu’à l’instigation de quelqu’un j’étais suivi. Les plus folles hypothèses. Non ? Crois-tu ? Une cascade de conjectures en roue libre. J’avais le souvenir d’une lecture de Sabato : le narrateur qui sans que nous ne nous rendions compte va passer du soupçon à la suspicion et de la suspicion à la certitude, basculer dans le délire : les aveugles sont une secte qui domine le monde,
non, je me trompais certainement. C’était mon état fébrile après tant de nuits blanches, travail dont je ne voyais pas le bout. Je savais ne pas avoir les moyens d’être certain de quoi que ce soit. La contrainte était double : si j’affirmais, je ne me laissais aucune chance de distinguer le vrai du faux, si je niais, je ne donnais plus de crédit à mes sens. J’étais nulle part. J’ai eu sommeil, mes yeux piquaient. C’était une intrusion dans ma vie privée. J’avais le vertige du seul fait d’y penser. Se dressaient autant de fantômes que des conversations j’avais avec moi-même. J’ai voulu oublier ce qui venait de se passer, mais c’était comme au billard, où une boule transmet le mouvement à l’autre… la cause n’était plus là où je l’avais rencontrée

mais comment dit-on ça quand trop de questions prennent lieu en un seul point et que le point éclate, s’étiole et part en milles morceaux ? Cela vous laisse à moitié ailleurs et ailleurs nulle part
comment allais-je faire maintenant ? ah ! mais je m’étais habitué à donner à ces divagations une matière plastique et musicale, elles pouvaient à tout moment laisser la place vacante. Des notions qui avaient le don de se succéder les unes aux autres. Je pouvais aussi bien les suivre d’après le vide que chacune laissait que l’étoffe qui était la leur — si vous pensez dans la langue, je disais, c’est aussi un manteau qui vous couvre, dans cette langue de tous les jours, dans cette manière de parler de tous les jours, dans cette manière imprécise de dire parce que chaque chose manque à sa place
soit, mais et si c’était vrai, et si quelqu’un… etc. Non, décidément s’en était trop… cela m’épuisait.

Une douleur chagrine restera dans l’air comme la seule chose viable. Je n’avais des tableaux que le souvenir d’une autre ville… Venise. Le jazz j’allais le rencontrer là même où j’avais suspendu mes visites, d’ailleurs, j’ignorais à l’époque que le Louvre allait me quitter pour un temps. Sept ou huit années. Let’s fall in love, Duke et Johnny en 1959.

Extrait de CABINET DES DESSINS




°°°


heurté
y faire le lien

cette chambre n’a d’autre réserve que le brun
et si elle peut ensuite trouver sa robe
ce sera le grenat



c’est là que j’ai vécu mes heures

l’aspect


°°°



ce qu’elle ouvrit dans la couleur

elle me donna ce regard pour que je lui verse sa soif
et l’orange s’est gravée en absence de source

nul besoin de la lampe
elle alla à tâtons

samedi, juin 17, 2006

Promenade : Le Marché de la Poésie

Une rencontre
sous le signe de Rimbaud

Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrement divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !





ATELIER TYPOGRAPHIQUE LE CADRATIN, Editeur

Jean-Renaud Dagon/ Rue de la Madelaine 10/ CH-1800 VEVEY- SUISSE

L’objet

ATELIER DES GRAMES, éditions

Anik Vinay/ Emile-Bernard Souchière

84190 GIGONDAS/ Tél: 04 90 65 82 05 / Email: at-des-grames@libertysurf.fr



Deux photos



« Arrivée de toujours, qui t'en iras partout. »



°°°

A suivre en ce moment dans le blog : Manuscrit Jazz Quartet

vendredi, juin 16, 2006

Carta del padre II

En Chantilly donde dejó la crema...
LA MANO DEL HIJO

Bajamos el millón de gradas de la curvada escalera hacia la rue Blondel. Íbamos a telefonear a Bernardo para concertar un paseo. Me encerré en la cabina, contigo a mi lado, y conversé con él sobre planes para compartir. Bernardo no tenía ninguno, y ante una pregunta suya, yo respondí que nosotros tampoco teníamos planes. Esta respuesta provocó tu enojo, con cierta razón, pues efectivamente, algo habíamos organizado entre tú y yo, que en ese instante olvidé. Al salir de la cabina, me reprochaste severamente mi omisión: “¿ Por qué le dijiste que no teníamos planes cuando en verdad los teníamos?”. Te expliqué que se trataba de un olvido y te pedí perdón. Mientras caminábamos por el Bd. Sebastopol, insististe tanto y tan repetidamente en tu reclamo, que decidí regresar el departamento.

Confundido y dolido por el incidente, me dispuse primero a leer y después, a preparar mi comida. Estaba en eso cuando llegaste. Después de algunas vacilaciones, te sentaste a mi lado, y en gesto noble y afectuoso, me tendiste tu mano, tu mano amistosa y conciliadora. Fue un gesto parecido a un elocuente discurso donde las palabras sobraban. Yo me emocioné vivamente, pues el contacto de tu mano me produjo una infinita sensación de paz y regocijo.

Es que la mano de un hijo en la mano de un padre será una fiesta para el ánimo herido. Será siempre un Beau geste.

Así es. Uno de los recuerdos inolvidables de mi último viaje a París: tu mano en mi mano.

¿Te acordás, hermano?





CHILE-AGOSTO 2002.—
Y no se olviden de leer o releer este mes: Liliana llorando de Julio Cortazar, es el primer cuento de Octaedro.

jeudi, juin 15, 2006

El laberinto

Tout être vit dans un obscur labyrinthe et tout être attend l'attaque d'un Actéon redoutable. Tout être attend et cherche son Ariane pour nourrir l'espoir du retour et le bonheur dans le cas d'une victoire sur la bête du destin. Celle-là est l'idée bizarre qui nous provoque le miroir, la perplexité, et qui nous construit la littérature. Et le jeu de cette idée. Parce que la littérature est aussi… un labyrinthe de jouet, un labyrinthe artificiel. Le résultat d'un livre qui se regarde dans le miroir d'un autre livre et celui-ci dans le suivant et ainsi incessamment jusqu'à la fin des temps, ou jusqu'au début ? Parce que rien existe, rien doit être attendu, ni même l'attaque de ce fauve de l'art ou l'immortalité. Jamais, ne viendra, non plus aucun Thésée, personne ne nous libérera de cette peine
Todo ser vive en un oscuro laberinto y todo ser espera la embestida de un temible Acteón. Todo ser espera y busca su Ariadna para alimentar la esperanza del regreso y la felicidad en el caso de una victoria sobre la fiera del destino. Ésa es la idea rara que nos provoca el espejo, la perplejidad, y que nos construye la literatura. Y el juego de esa idea. Porque la literatura es también... un laberinto de juguete, un laberinto artificial. El resultado de un libro que se mira en el espejo de otro libro y éste en el siguiente y así incesantemente hasta el final de los tiempos, o ¿hasta el comienzo? Porque nada existe, nada debe esperarse, ni siquiera la embestida de la fiera del arte o la inmortalidad. Tampoco vendrá nunca ningún Teseo, nadie nos liberará de esta condena
J. L. Borges

vendredi, juin 09, 2006

Paris la nuit



Sensation

Parfois il suffit d’un instant pour que notre rapport à la ville change.
L’été, la chaleur du soir. Sortez ! Qu’il faut à nouveau l’inventer.

Une longue promenade. J’ai vu des gens se parler autour d’un verre.
Un petit fromage par-ci, une fanfare plus loin.

Imaginez Sonny Rollins jouant sur un pont…
Ou lisez la nouvelle de Cortazar : L’homme à l’affût






Para los que leen en espagnolos voici en ligne

mercredi, mai 31, 2006

Manuscrit jazz quartet 02


Lire avant Manuscrit jazz quartet 01

II

Deux jours plus tard je redescends. Est-ce bien le manuscrit ? Dossier jaune. Septembre. Je lis sans pouvoir me dire — oui! Pour l’instant je n’ai pas envie de rechercher à fond. Le jazz, mon seul appui. Célia Cruz n’est pas loin mais Johnny Hodges me guide. Chaque fois que je tends vers plus de rationalité, je me réponds comme s’il ne fallait pas détruire le charme — plus tard, plus tard. Charme ? Ce n’est pas tenir compte de mes appréhensions. Malaise déjà physique. Par moments ira. Colère. N’est-il pas vrai que je pourrais tout écrire de nouveau, tellement les étapes semblent se répéter en abrégé ? Bréviaire. De quoi ? J’entends qu’il joue. J’entends surtout cette attitude qui précède le jeu lui-même, un silence fait sur soi, tout lien et heur suspendu ou congédié… vous attendrez je vous dis, là je joue, tout ce que vous voulez, après, mais pas maintenant ; et là, plus personne, le silence puis le débit qui trace un son inégalé

J’ai beau me souvenir d’un tas de choses, l’opacité reste entière. Il y a plus de vérité dans ce malaise physique que dans toute cette cohorte de réminiscences. Je devrais trouver quelques points plaisants qui, m’emmenant vers plus de distraction, me sortiraient du premier cercle.

Je lis encore un peu.

pourrais opposer une myriade d’autre « faits », incluant parmi ces derniers, les rapprochements que j’ai pu faire, à cette époque, entre deux situations bien différentes, la première où je m’imagine attendre assis sur une chaise que quelqu’un vienne me chercher et l’autre une lecture que j’ai fait 35 ans après du mythe de Thésée. Je pourrais dire que j’inclus parmi les « faits » aussi quelque fable qu’enfant j’avais dû me raconter. Avoir l’impression qu’il s’agit d’un problème mathématique : un souvenir vague d’avoir noté que pour tout x
penser qu’il peut s’agir d’une promesse non tenue, il y a surtout qu’enfant notre créance est grande,
d’avoir été abusé
il était question, chez moi, d’une véritable hantise au sujet de ce moment qui changea ma vie et pour lequel je n’ai aucune date, si ce n’est soupçonner mon enfance et la théorie des ensembles. Mes parents m’avaient mis dans une école expérimentale. On y testait les nouvelles méthodes avant de les appliquer au niveau national ; nous étions des cobayes en quelque sorte. Méthode Cousinnier ( ?) je crois qu’on la nommait. Mlle Marta est au tableau, Marta ou Blanca. Je la vois écrire d’une façon tout à fait autre, se servant de signos dont elle nous commentait l’usage et la fonction. Cet A inversée, par exemple. Là. C’est là. C’est là que quelque chose m’est arrivé. Un peu avant, un peu après. Je la vois au tableau qui nous explique quelque chose que je vais cesser bientôt de suivre comme si sa voix, désormais aphone, n’allait plus m’arriver. Un rêve d’angoisse m’engloutit. Puis mon enfance se brouilla. Puis apparut : l’enfant qui attend sur la chaise. Puis.

Le jour de notre rendez-vous chez le juge, notre dernier rendez-vous, je n’ai pas voulu attendre dans la salle où elle se trouvait, ainsi j’ai décidé de rester dehors dans le couloir. Il y avait une chaise là près d’une de fenêtres qui donnaient sur la cour. Je me suis approché de la fenêtre et de cet homme qui va à la fenêtre, je voulais à ce moment si « important » pour moi (important n’est pas le mot exact) être cet homme qui va à la fenêtre, je voulais, n’ayant pas pu lui parler, qu’elle garde cette dernière image de moi, et que cette image soit ou puisse un jour se traduire ou se convertir en phrase : l’homme qui va à la fenêtre, ou, un homme assis à la fenêtre. J’ignorais que je lui donnai l'une des clés de ma vie. Même si le véritable destinataire de la chose n’est autre que moi. C’était là mon adieu.

Quand la tristesse dépasse son seuil, nous rentrons dans un état qui, vu du dehors, fait penser à la sagesse.

Une partie manque. Je ne vois pas comment j’aurai pu l’égarer. Le début manque. Au troisième jour un trajet à vélo. Des pleurs qui me libèrent, enfin. Un repas avec une amie, incrédule — mais non, mais non. L’air de Paris. C’est comme si on me tendait un autre manuscrit que celui que j’ai écrit. Vas-tu improviser cette fois ? Il me brûle d’écrire une suite. Je ne prends pas le manuscrit avec moi. Demain je reviens.

Je décide de sortir. Un déjeuner rapide. Sept ou huit ans avant de pouvoir remettre les pieds au Louvre. Dix pour un manuscrit. Je prends le RER, un carnet l’appareil photo. Ecole du Nord, ma promenade est celle d’il y a dix ans.



pourrais aussi dire que je marche là même où j’ai écrit et que ce qui paraît se dédoubler ne fait que produire un écart, car je pourrais demain tout à fait par hasard retrouver une partie du manuscrit où je raconte quelque chose de semblable à ce que je m’apprête à écrire maintenant sans pour autant coïncider — cette lecture que j’aurai fait un jour de la deuxième Méditation de Descartes et que je mentionne ici pour donner à entendre moins ma culture que mon désarroi d’alors, où rien pouvait me venir en aide, et peu de choses me dire que j’allais dans le chemin d’une sortie, ni qu’enfin je trouverai ce rien qui tant me manquait, comme s’il s’agissait plus de que ce rien change de place qu’il ne disparaisse,
et d’y lire cette manière à lui de dire un obstacle, et placer devant lui des doutes comme s’il fallait se passer de tout pour ne pas tomber, de tout sauf de cette si belle écriture, car lui Descartes tout philosophe qu’il pu être, avait choisi la langue même selon un axe qui nous dit des choses simples où souvent il est question de rêve, et de cire. Lecture faites ici, au Louvre, et que j’ai eu toujours honte de communiquer à autrui de peur de paraître pédant et que maintenant me semble représenter tout ce que j’ai pour ne pas supprimer ce rien car je ne peux être moins que rien sans aussitôt annuler un jour sur terre, qui est ce que nous sommes ; ce serait mentir quant au lieu et à lanature d’une joie éprouvée, puisque si ce fut beaucoup me demander d’accorder ce que je ne désirai pas, je ne peux retrancher de ma vie une lecture aussi importante sans détruire la raison pour laquelle je donnai, cependant, mon accord, sans dénier ces promenade et l’espoir que j’en gardais (si seulement je pouvais trouver un point d’appui…) enfin sans congédier Hodges du même coup.
Ce n’était pas de sa philosophie que je m’en acquittais mais de ma détresse, même effet que le son du saxo jouant Mood Indigo

et chaque fois que j’arpente ces couloirs je ne peux m’empêcher d’y penser, — pourrai-je donc continuer d’écrire ces pages évitant, autant de fois que la chose se présente à mon esprit, d’y référer ? C’est, je crois, qu’à force il en va de ma liberté. J’entends que cela puisse paraître absurde. J’attendrai que quelqu’un m’y autorise comme, enfant, qu’un autre vienne me chercher. Je laisserai croire aussi que pour la peinture, que je peigne, relève du même avatar. Et que c’est pour ça que je viens si souvent, que c’est a cause de cet interdit que je venais si souvent : ce rien n’aura été qu’une parole que j’eusse voulu entendre à mon égard, que celle-ci une fois proférée aurait permis à cet enfant de quitter son siège, produisant un effet de chaîne dont le dernier maillon est ce coup de pinceau que je n’ai pas su trouver pour le lui offrir à temps…
je me surprends à ne pas pouvoir infirmer l’argument

lundi, mai 29, 2006

Manuscrit jazz quartet 01







descends à la cave. Je ne sais plus où est-ce que je vais le trouver. Le carton. Deux manuscrits écrits dans la foulée ; c’est le premier. J’ai un vague souvenir, quelque chose semble ne pas correspondre. Il y a un dossier — il manque la première partie, non ?

… lourdeur, fatigue, je ne sais, mais j’entre dans une épaisseur qui m’empêche de voir clair, de savoir ce que je fais, ce que je cherche et pourquoi je suis là. Ce n’est pas le moment, je me le dis avec appréhension. Faux pas que je ne voudrais pas commettre. Maintenant. Je me mets à chanter, j’entends du jazz. Cela correspond aux premières phrases que je lis. Je ne me souviens plus et. Rien. Sauf que ce n’est le début, car le début je l’ai déjà tapé. Une partie du manuscrit manque. D’ailleurs, une grande partie manque. Je me mets à chercher. Rien. Où ? Je l’ignore. Au fond je ne reconnais pas les passages. Le jazz, oui, mais le jazz est venu plus tard. Où est donc ce passage ?
Dans le salon assis après avoir préparé les cartons, la voix de Célia Cruz, nous nous sommes vu un peu avant dans l’après-midi, elle avez rendez-vous,
D’où vient la tristesse quand une partie de ce que vous vivez s’en va. Vérité non pas des faits, non, non pas les faits, la vérité de cette préséance de rien, de vie nue, ce socle incertain que vous devez supposer pour que le liens entre deux phrases soit compossible… suive, soit possible
on oubli (je crois) qu’avant de penser à quelque chose il faut que lien se fasse, pour aller d’une pierre à une autre, pour ne pas tomber
j’ai souvent eu l’impression que ce qu’on appelle vie, c’est-à-dire, ce petit plus qui nous fait désirer comme quelconque un moment et non une chose, qui nous dénude ou presque, que cette manière-là de s’y tenir, de vivre donc, n’était que peu ou pas vécu, ou du moins, qu’il ne m’était pas accordé le temps de terminer la phrase
dans le salon la voix de Célia Cruz, assis comme je ne l’avais pas encore été. Des livres, les miens, dans des cartons. Signification que l’on cherche. Sa voix comme sortant d’une taverne. Mi voz, serà mi voz…ce qu’il y a beau dans les chansons c’est que la tristesse se dit franchement,

je ne vais pas comprendre tout de suite ce qui m’arrive. Je décide de monter. Je laisse en état. Demain. Ou après demain. Dans le couloir j’entends du saxo, Johnny Hodges. Je rêve d’un morceau qui porterai comme titre : Dix ans après.


Le manuscrit n’est pas. Ou, la première partie se trouve dans un autre dossier. J’ai du oublier quelque chose. Un Seigneur, Hodges, majestueux. La vie aussi est un peu d’improvisation et pulso. « Impulse » est le label sous lequel Hodges fait paraître « Everybody Knows ». Si je trouvais le manuscrit, celui dont je me fais une idée et qui me fait venir jusqu’ici, roder autour, etc. — ne me faudra-t-il comprendre ce que je n’ai cessé depuis de vivre ? Puis-je me reformer à ce point ? En être ailleurs ? Hodges m’accompagne quand je dis tout ça. Pourrai-je me faire d’un principe qui puisse désormais guider mes pas ?
Principe : petit plus de-rien-du-tout que je ne puis (et que personne vienne me dire qu’il peut) dériver de quelque chose d’antérieur. Bon, Hodges, écoutez la version de… j’ai oublié… moon quelque chose, dans le manuscrit c’est noté… Moon… puis les autres interprétations, celle de son patron Duke, par exemple. La partition en est la même sauf si le mec il charge, et c’est à ça que je veux en venir, au writing, ça bouge pas, ça tient lieu de principe pour tous ; en principe ils jouent tous le même morceau. Là c’en est un de principe. Puis il y a l’autre. Ils ne jouent pas tous pareil. Il vous fait du neuf. En acte. Il a trouvé son principe. Voyez c’est comme ajouter un plus qui n’ajoutant rien (un plus sans plus) vous restitue la musique avec un son inouï. Hodges se levant à côté de son patron, Duke… ça y est, je l’ai ! Mood Indigo est le titre du morceau, puis regarde Duke, c’est lui, l’auteur — je l’ai fait en 15 min. pendant que ma mère faisait la cuisine, dira-t-il, Duke, le regarde donc… il sait qu’il peut, il a le principe, il peut ; il pleut, cet Il là ; la troisième ; cette personne qui n’existe pas, la troisième ; le corps comme troisième (n’est-ce pas Aude ?). C’est extraño, prononcez extragno, qu’il faille aller au il pour dire je.
l’événement, il faut que pour quelqu’un ça ait lieu. Que ça lui arrive. Avènement. Principe. Arte.
Principio, donc.
[1] Le temps écoulé est trop important pour que je multiplie les points de vue, puis, concentre-toi sur une seule chose à la fois disait mon père quand il voyait que je partais dans tout les sens, mais au fait, c’est qu’avec l’âge le temps est celui qui nous reste, il part dans l’autre sens. Une seule phrase devrait suffire, une comme celle maintes fois écrites — l’aube est close, laisser entendre les deux versant à la fois… comme une porte battante ferme et ouvre. Principe de cela qui est clos. Le son de Hodges, c’est l’entrée du morceau, est égale et continu

principe réel ou fictif, qui peut le dire ? Et qu’importe s’il est capable de m’indiquer la sortie, si par sortie nous entendons opposer. Opposer à la douleur de la chose éprouvée… vérité. Dire du coup —
C’est ainsi que j’ai toujours désiré vivre…

alors, les faits, je disais naguère à Aude, les faits, bon ça c’est facile, mais quand c’est l’amour qui s’en empare nous en avons un peu plus de mal, en racontant des faits nous ne nous acquittons de rien, c’est dévaler, en en produisant, non plus d’ailleurs ; c’est la politique du fait accompli, j’ai horreur de ça.
A cause je ne sais quel songe, il m’est dit que dans une autre vie j’aurai été philosophe, mais si l’on me demandait — Monsieur, de quel oeuvre vous l’êtes? Alors je serai obligé de dire, d’aucune, d’aucune qui ne soit déjà à l’œuvre, mon art aura été d’en avoir fait sans

il est très difficile de parler des troubadours sans produire chez son interlocuteur un effet de désuétude. Le plus informé me parlera de Dante, mais pour entrer dans une salle de classe et celui qui l’est le moins croira que je lui sérine des vieilles lunes, que j’idéalise la Domna, les femmes, etc. C’est aggraver son cas que d’ajouter à l’office d’une philosophie douteuse, la marque d’un Guillaume d’Aquitaine. Ryna, par exemple, ne supportait pas que je récite Per son joy.
[2]Pourtant, j’en étais, avec mon Fin’Amor quand la chose est arrivé.

Il me semblera que seul l’art, était à même de me rendre justice. Situer un point dans l’espace, écrire à partir de là, sans parler à personne. Un seigneur, Hodges, quand j’ai vu sans visage, il y avait plusieurs photos, une planche-contact ; aussitôt quelqu’un à qui on peut faire confiance. Découvrir ce que l’on sait il n’y a que ça dans la vie. Il faut quelqu’un. Découvrir que l’on peut. Il le faut, il le faut. Ecrire, puis, se dire — à lire dans dix ans

J’y suis…


[1]
Il y a des trucs que je me réserve, bien sûr, il faut que je sente l’occasion.
[2] Mout jauzens me prenc en amar
un joy don plus mi vuelh aizir,
e pus en joy vuelh revertir
ben dey, si puesc, al mielhs anar,
quar mielhs onra•m, estiers cujar
qu'om puesca vezer ni auzir.
Inaudible. Je sais. Ce que je resentais.

mercredi, mai 24, 2006

Cortazar

Para los que aman Cortazar existe un sitio, con su voz y todo el quilombo, viste...
"nada puede ser apurado en la escritura y el aparente olvido, la distracción, los sueños y los azares tejen imperceptiblemente su futuro tapiz."


"rien ne peut presser l'écriture et l'oubli apparent, la distraction, les rêves et les hasards tissent imperceptiblement son futur tapis."

lundi, mai 22, 2006

Badiou

Derrida ou la localisation de l’inexistance
par Alain Badiou


« Puisque « pensée » « parole » émet l’appel qu’elle reçoit pour crier son nom, elle est aussi de l’autre côté, contrepartie ou contre-allée, de la différence sexuelle : faux pas du il — qui ne m’accompagnait pas. Ce neutre est l’affirmation du viens, l’affirmation répétée, l’alliance nuptiale (oui, oui), l’anneau du récit. »

Pas de Derrida in Parages

En espagnol, un blog autour de Derrida : Gárgolas Vacas

Balibar sur Derrida

Ecouté ce matin... je vous y invite


Colloque Derrida, la tradition de la philosophie


Déconstruction de l’universel. Hegel, Benveniste, Derrida
par Etienne Balibar

mardi, mai 09, 2006

L'inconnue du louvre, études01




Loin de pouvoir dire que j’ai peint ce que je cherche
j’appelle étude :
cet effort
qui ne réduit pas l’ouvrage à
la volonté et
attend
qu’un éclat lui en dévoile les traits




si c'était un film je dirai:
désir

Blogcarte

jeudi, mai 04, 2006

Principe d’Asphodèle 03

-




lire d'abord
Principe d’Asphodèle 01
Principe d’Asphodèle 02

si un homme perd son chemin
va et demande et l’autre lève son bras
c’est un là-bas, n’est-ce pas ?

lever son bras —
je l’ai fais en terre du Sud
pour indiquer au loin les pousses rouillées des branches
l’extrême pointe des pins qui boisaient les collines près de Grâce

j’étais sans voir ce que je voyais
seul me guidaient le couchant, le terre argileuse, et la chaleur du soir qui tiède montait du sol oxyder le ramage
ramage qui par jour de pluie eût pu rejoindre le bleu
mais là c’était du brun
là aussi l’opus 18 de Ludwig
là était la chaleur
là était la forêt prise d’assaut par le mois qui précède l’été

tout me disait que ce lieu pouvait contredire Cézanne
un effet de silence qui fissure l’espace
quand l’enfant découvre que l’adulte ne sais pas
et, d’ignorer qui désormais s’acquitte du vrai, tremble
mais paysage
là inséparable du feu : lumière

c’est ainsi qu’après, de vie d’homme, ma douce nous chantons

il faudrait que les cordes viennent prendre la relève
alto et violons
ne sais-tu pas peut-être que quelque chose me retient
de dire cet amour que j’ai eu et que j’ai pour toi
ce méridien pour toi
ce principe —
et non seulement celui-là
tout amour
du moins ainsi que j’entends la chose
me déclinant patio
et arcade
l’aire de la voix

pudeur, ma douce
où me placer pour le dire ?

nous levons le bras…

-

mercredi, mai 03, 2006

Photo du jour: "l'apport"

Aléthéia

la vérité est comme une
étreinte donnée à défaut





mais ne cherche pas à dire selon l’ensemble
tu manquerai le vide et avec ça
le chant des oiseaux migrateur


si c’est plus fort que toi
arrive avec l’apport
et attends
tu sera rejoint par l’aspect
car ta place et celle du vide